
Photoreportage: Le poids de l'identité
Les personnes transgenres coincées à la frontière ukrainienne
Un photoreportage de Matteo Placucci - Photos de Matteo Placucci et de Mattia Tundo
Le 24 février 2022, la Russie attaquait l’Ukraine. Le jour même, le président ukrainien Volodymyr Zelensky décrétait la mobilisation militaire générale, qui concernait alors les hommes soumis à la circonscription militaire mais aussi les réservistes. Pour les civils, et dans le cadre de la loi martiale, les hommes âgés de 18 à 60 ans ne devaient pas quitter l’Ukraine.
Moldavie, mars 2022
Tout le monde aspire à être heureux. Vivre dans l’acceptation de ses choix et de son corps, pouvoir se regarder dans le miroir et se reconnaître dans le reflet du fruit de ses efforts, sans y voir un regard étranger, façonné par des événements extérieurs. Subir un processus de transition de genre, comprendre et accepter sa propre identité et son orientation sexuelle devraient être un moment très important, un point tournant de sa vie qui se doit d’être célébré et traversé avec la plus grande sérénité possible.
Malheureusement, cela ne se produit pas souvent, et encore moins dans le cas des personnes que nous vous présentons dans ces pages ; la sérénité leur est inconnue, car elles sont souvent victimes de discriminations familiales et ne bénéficient pas d’un soutien adéquat.
Après le déclenchement de la guerre en Ukraine, un très grand nombre de personnes se sont dirigées vers les pays voisins, à la recherche d’aide et d’un lieu sûr. À la recherche d’un peu d’humanité. Beaucoup ont été accueillies, mais certaines ont été privées de cette sécurité temporaire : des centaines de membres de la communauté LGBTQ+ ukrainienne qui ont complété ou sont en processus de transition d’homme à femme.
À cause de la loi martiale qui interdit aux citoyens masculins de quitter le pays, ces femmes transgenres se retrouvent à porter un poids douloureux : celui de leurs documents officiels sur lesquels figure le fameux M. Hommes aux yeux de la loi, elles sont, une fois de plus, trahies par une identité de genre dans laquelle elles ne se reconnaissent pas et forcées de rester – et peut-être de se battre – dans un pays qui ne prend pas en compte leur vécu.
Plusieurs d’entre elles décident alors de traverser illégalement les frontières, tentant une nouvelle fois de se libérer d’un poids qui les opprime depuis leur naissance, affrontant le climat et les dangers qui se dressent sur leur route, avec la force de celles qui savent ce que signifie prendre sa vie en main et surmonter des obstacles. Que ce soit une lettre sur un document officiel ou une frontière terrestre. Sans Frontières les a rencontrés à Odessa, en Ukraine, et en a suivis certaines durant leur exil vers la Moldavie.